Extraits du livre

Premier extrait

Le sentier s’élargissait pour laisser apparaître une petite clairière au milieu du bois. Les feuilles mortes formaient un tapis épais et le chant des oiseaux nous accompagnait. Il me tenait toujours la main, il s'arrêtait, me caressait les cheveux, la joue et il me prenait la tête fermement. Il baissait sa braguette, ces gestes devenaient brutaux, il m'obligeait à embrasser son sexe, me le mettait dans ma bouche. J’étais pétrifiée, incapable de réagir, incapable de crier, la peur me paralysait, j'étais en danger, je le comprenais immédiatement. Il m'allongeait sur les feuilles mortes, ses gestes étaient saccadés, sa respiration haletante telle celle d’un animal. Sa main sur ma bouche m’étouffait, il commençait la pénétration, une douleur insupportable traversait mon corps d’enfant, je n'arrivais pas à crier, son corps couché sur moi était lourd, son haleine sentait l'alcool, c'était insupportable pour la petite fille innocente que j'étais, je m'évanouissais, je perdais connaissance, et puis plus rien, le trou noir. Je ne réagissais plus, il continuait sa besogne, ne se maîtrisait plus, en poussant des gémissements de plaisir, ses coups de reins brutaux m’écrasaient et me poussaient à chaque fois, la colère d’avoir été rejeté par ma mère était en train de se désamorcer, il s’arrêtait brusquement, me regardait, retenait sa respiration pour mieux entendre la mienne, il reprenait ses esprits, comprenait l’horreur de son geste qu'il venait d'accomplir, s'affolait. Il prenait conscience de cette petite fille étendue sur les feuilles, inconsciente, peut-être morte, la jupe relevée, du sang coulait entre ses cuisses, il se sauvait en courant, me laissant, gisant au sol, inanimée.

Extrait page 63 :

L’annonce du diagnostique me glaçait le sang. Je me sentais vidée, mes jambes tremblaient, la tête me tournait avec ce mot : cancer. Il m'expliquait que c'était le tout début, c’était bénin, j'avais la chance d’être venue à temps. Je n’entendais pas, mon esprit vagabondait, je ne retenais que le mot « cancer » Le médecin me rassurait, je n'aurais pas besoin de chimiothérapie, une séance de laser serait suffisante pour brûler la partie atteinte. Le rendez-vous était pris la semaine suivante pour l'intervention. J'annonçais la nouvelle à mon mari qui ne me croyait pas, il ne prenait pas mes plaintes au sérieux, il entendait mes demandes comme des caprices. Je le communiquais aussi à ma belle-mère, elle me prenait pour une menteuse et me disait que je pouvais trouver autre chose pour me rendre intéressante. Je n’en croyais pas mes oreilles. Je n’étais pas crue, ni entendue dans ma maladie. J'allais voir mes parents, et là c'était la catastrophe, j'étais morte et enterrée. Je me sentais seule, perdue, abandonnée de tous, j’en voulais même à Dieu, où était-il ce créateur d'amour qui était sensé nous protéger ? Que faisait-il ? Pourquoi cette maladie ? Qu’est- ce que j’ai fait ? Où qu’est ce que je n’ai pas fait ? Je ne savais pas si j'avais envie vraiment de vivre, j'étais résignée. Je criais ma détresse en dedans.

Extrait page 144 :

Aujourd'hui je suis guérie, je n'oublie pas ce qui s'est passé mais je suis désormais libérée, heureuse, épanouie, respectée et je me sens libre d'aimer et d'être aimée. [...] Pourtant, j'ai toujours gardé l'espoir et aujourd'hui je suis libre et réconciliée avec la femme que je suis. C'est pourquoi je souhaite témoigner, oui on peut guérir et vivre.

Martine Sallé - 1 bis La Folie - 86380 Ouzilly (consultation également possible sur Paris) - Téléphones : 06 42 41 08 66 / 05 49 90 08 27